C'est une belle journée de décembre, froide et sèche.
On chasse dans les bois de la Cassine (08).
La journée commences bien, le soleil est là, la chienne sait aussi bien que moi où on va, mon épieu est dans le coffre. Les 15 kilomètres qui nous sépare de Terron sont rapidement avalés par la ZX conduite par Doudou.
Sur place, le rond habituel, les postés sont pas devenu plus beaux depuis la dernière fois..
La vieille dame à qui appartiennent ces 1200 ha de bois donne les consignes aux 25 fusils. On tire tous sangliers et tous chevreuils.
Les traqueurs racontent des conneries, fument des clopes et boivent du café, piaffant d'impatience autant que les chiens.
Et puis, enfin on y va. On attaque par le Pain de Sucre. C'est du grand bois et les sangliers se lèvent loin devant nous. Les chiens sont restés dans les voitures pour pas qu'ils attrapent de marcassins. Comme d'habitude, la moitié des animaux sortent pas et partent en retour. Les posté tirent quand même pas mal, ils en tuent 4 ou 5.
Ensuite on attaque la Cabane Verte. Pas de cochons, mais beaucoup de chevreuil vus et tirés.
Il fait faim. Tout le monde à table! On mange rapidement et c'est reparti.
On reprend avec le Fossé des Chiens. Après avoir bien mangé et bien bu, Doudou et moi sommes vraiment chaud comme on dit! La chienne aussi, le début d'après midi c'est la bonne heure pour les chiens.
L'enceinte est très grande. Une taille de 6 ans, 60ha, pleine de ronces et de cochons!
On est sur la gauche de la ligne de traque avec frères.
Ca débute fort après être rentré de 50 m; 3 biches arrivent comme des balles pour forcer la traque entre Doudou et moi. On gueule comme des barjes, et elle font demi tour à 5 m devant nous! C'est chaud!
Les chiens commence à donner de la gueule un peu partout. Et puis ça y est, un Alaou retentit à droite. Suivi d'une ribambelle de clameur annonçant les sangliers. Une troupe à éclaté et les cochons partent en retour. Les gorets démarrent pas francs; y a des fermes tout le temps, tenus une dizaine de seconde à chaque fois.
De notre côté y a pas grand chose qui vient forcer, et on dit pas un mot en espèrant que ça va venir par là.
Les traqueurs sont plutôt bien en ligne, vu les circonstances. On avance lentement, c'est très fermé.
L'enceinte est coupée en son milieu par une ligne qui longe un ravin. Y a que le garde qui se poste là, mais les sangliers refusent très souvent de la passer, ou attendent que les traqueurs les y poussent au corps.
Une centaine de mètre avant cette ligne, ça recommence à bouger sec, et de notre côté pour le coup. Deux gorets partent derrière sur notre gauche, ça crie Alaou partout.
Arrivé à un layon, je vois pas mon voisin de traque. Mon frère est là lui, bien aligné.
Dix mètres devant retenti alors une clameur à vous faire clamser. Alaou à l'arrière, suivi du rafus de ronces déchirées qui s'en suit. Ca nous vient droit dessus! Juste un peu en contrebas. Le sanglier saute le layon à même pas deux mètres de moi! Je fais un pas avant, et ma lame rentre toute seule en plein dans le coté du cochon, qui demande pas son reste et continu droit devant lui comme si rien n'était. En une fraction de seconde il a disparu.
Je regarde mon frangin. J'ai rien compri à ce qui vient de se passer. Y a eu aucun choc. Ma lame est rouge de la pointe à la garde.
On cheche la piste de sang, pas une goutte. Et puis les autres traqueurs nous foutent la pression pour qu'on continue à avancer.
A ce moment là j'entend un vieux resté en arrière de la ligne qui crie: "j'ai entendu les chiens mordre dans quelquechose! Doit y en avoir un de mort!"
Alors là, rien à foutre, je laisse tomber les autres traqueurs et je vais voir. Au bout de 2 minutes je retrouve mon cochon. Un petit mâle de 50 kilos, bien noir pour sa taille, avec une balafre impressionnante dans les côtes. Il a fait 100 mètres.
Il y est! Je remercie tous les saints du monde, bien que ne croyant en aucun dieu!
C'est ma plus belle scène de chasse en 5 ans de permis. Je n'en revient pas.
Mais il faut redescendre sur terre, et se grouiller de rejoindre les autres.
Je sors le cochon sur une petite ligne, et je rattrape la traque.
Au passage jme fais engueuler: "T'as pas à quitter la ligne de traque!" J'emmerde ce vieux con!
Mon voisin qui avait disparu juste avant que le sanglier déboule m'explique qu'il était arrivé sur le layon juste avant moi, et que devant lui il avait aperçu un sanglier baugé. Il y va tout doucement, mais le bestiaud démarre trop tôt pour qu'il puisse le piquer, et part en arrière droit dans ma direction. Encore merci à lui!
Je termine l'enceinte heureux comme jamais. Ma chienne reviens pas esquinté. Frère a pris pas mal de photos. Les fusils ont tirés beaucoup, y a plusieurs sanglier morts sur la ligne où on sort. Tout le monde est content.
La journée est finie. Mon plus beau souvenir de chasse jusqu'à présent.
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