On a pas toujours la chance, ou la possibilité d'accompagner le conducteur de chien de sang lors d'une recherche, et, à mon avis, c'est bien dommage. Il y a le manque de temps, ou parfois le refus du conducteur...J'ai eu le bonheur de pouvoir assister à une de ces recherches en août 2005.
16h30. Forêt d'Orient. Je suis allongé dans une haie en bordure de pâture avec un ami qui désire un "soutien psychologique" pour un éventuel tir d'été...
Dès 17h, aidés par la tranquillité du coin, nous voyons beaucoup de chevrettes et de chevrillards sortir du petit bois d'en face.
17h 15. Malgré une chaleur étouffante, il y a 14 :!: animaux différents qui se régalent du regain dans le parc !
18h. Les animaux bougent beaucoup. Nombreux sont ceux qui rentrent au bois, visiblement dérangés par les insectes. Enfin 1, puis 2 brocards, à environ 200 m. Le deuxième est tirable, trophé moyen, âge moyen, mais le rut est passé et de toutes façons, ces animaux seront tirés en velours lors des battues hivernales...Vu les bonnes densités, autant se faire plaisir !
Seul obstacle à notre progression le nez dans les pissenlits : 1 chevrette et ses trois petits. Ils daignent enfin rentrer dans la haie, nous permettant de bouger.
18h30. Ramping, puis course rapide et discrète. Le vent est bon, j'amène mon ami à 45 m du brocard. Je positionne le trépied. Boum ! Je n'ai que le temps de voir le cul du brocard qui rentre au bois...Ca sent plutôt mauvais...Essoufflement, tension, coup de doigt ?
L'ami, lui par contre, est persuadé que son brocard est couché mort dans le pré.
Vérification.
Après un certain temps, je trouve du sang, et surtout des fragments d'os long. Balle de patte ? Je suis la trace en forêt sur 25 m, puis le sang, déjà sec à cause de la chaleur, disparaît...Retour dans le pré. Téléphone. Recherche...
20h. Arrivée sur place du conducteur, qui confirme la balle de patte avant, et nous demande de suivre. Son rouge est en longe. Il prévient que, vu sa blessure, le chevreuil va certainement fuir devant le chien, et qu'il le lâchera si le tir est impossible, seul moyen de récupérer l'animal blessé. Le chien est d'ailleurs équipé d'une balise, et le maître d'un récepteur.
Le rouge mène un train d'enfer dans un taillis très serré. Nous sommes tous trois rapidement trempés de sueur. Comme prévu, le brocard se dérobe devant nous, silhouette rousse fugitive dans un bois déjà très sombre...
Le chien est libéré. Commence alors une vrai course poursuite en forêt. Le tireur, sportif canapéen et télévisuel , n'en peut plus, abandonne et me passe sa carabine. Le conducteur a disparu, soucieux de rester au plus près du chien. Je me retrouve donc seul, dans une forêt que je ne connais pas, avec une carabine qui ne m'appartient pas, et sans droit de chasse...J'essaie de me guider aux aboiements du chien. Je vais courrir pendant plus de deux heures ! Et il fait une chaleur moite absolument très difficile à supporter...Finalement, je n'entends plus rien. Le chien semble avoir décrit de nombreuses boucles avant de cesser d'aboyer. Un bon signe ?
La nuit va définitivement clore l'aventure...Je retrouve par le plus grand des hasards, en pleine forêt, le conducteur du chien, en meilleure forme que moi... Il m'explique que le rouge n'aboie plus, qu'il a certainement perdu le chevreuil...et le chemin du retour !
Les "bip bip" du récepteur nous ramènent à la pâture où tout à commencé. La lune éclaire le pré.
A 50 m de la place du tir, une masse sombre. Le rouge. Qui ne répond pas aux rappels de son maître.
Vraiment usés, nous parcourons en rouspètant la distance qui nous sépare du chien...que nous trouvons couché sur le brocard toujours vivant, et qu'il faut servir au couteau !
Facile, la chasse à l'approche ? Autant que la recherche au sang !
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