De l'assiette au grand cerf...

Par natuxo, 15 Novembre 2016

Un jour de septembre, 5h30 au cœur des Pyrénées…

 

Après un réveil plutôt difficile, nous arrivons au petit bar-restaurant « Chez Tom » où nous avions passé la soirée de la veille, une figure locale, ancien rugbyman, connaissant toutes les histoires locales et les chansons à boire, des mains comme des battoires, une carrure qui impose le respect, et un cœur grand comme ses montagnes. Ce n’est pas un restaurant de grandes stations de ski car comme dit Tom avec sa gouaille:« moi mes étoiles elles sont au dessus de moi dans le ciel ». C’est une petite gargote où la cuisine est une immense cheminée en dehors du local sous un abri de tôle comprenant les chambres froides (de bon vieux frigos repeints aux couleurs des stades de rugby locaux), cette odeur de garbure qui va mijoter jusqu'à midi dans le coin de la cheminée où elle sera bientôt rejointe par de bonnes côtelettes de l’agneau local. Nous nous préparons à monter afin de pouvoir chasser en redescendant la montagne et essayer de situer le cerf de nos attentes. Le solide petit déjeuner sera pris sur le pouce, enfin sur le pouce…quand TOM décide que l’on déjeune, on déjeune et on ne discute pas !

 

Malgré notre empressement nous partons un petit peu en retard, il fait noir, il fait froid et humide, nous regrettons déjà la chaleur de la cheminée et sa bonne odeur de soupe ! Chacun prend sa direction, je décide de monter au dessus du village, à vue de nez une bonne petite heure de marche pour arriver à la limite des alpages et de la forêt. Je sais déjà que je ne rattraperais pas les vingt minutes «perdues» au petit déjeuner. L’ascension est un peu difficile, les agapes de la soirée me rendent moins véloce que d’habitude, il faut monter, encore monter, et pas de chemin pour faciliter la chose…plus que deux à trois cents mètres et on y est, la luminosité change, les cerfs recommencent à bramer pour un petit moment, puis ce sera le calme jusqu'à la fin de l’après midi.

 

Tout en marchant, l’odeur forte du seigneur des lieux vient frapper mes narines, puis la vision fugace d’un renard rentrant au terrier. Soudain, me sortant de mes rêves, un raire rauque et puissant sur ma droite me fige! Jumelles en mains je regarde un très joli 10 cors se profiler à une cinquantaine de mètre, il ne m’a ni vu ni senti pourtant il semble un peu sur l’œil. Mon explication viendra de ma gauche bien au dessus de moi, un raire plus puissant fait faire demi-tour à mon joli 10. Mes jumelles fouillent chaque coin au dessus de moi, rien! Et pourtant il est là, je le sais, je le sens ! Et soudain dans mon optique, des pattes! Si mes souvenirs en anatomie sont bons au dessus il doit y avoir autre chose ! Le sac a dos posé, je serre mon arc et commence l’approche! Soixante dix mètres …je monte, il est là, le brame se fait de plus en plus fort, j’avise un résineux de taille respectable qui couvrira ma silhouette et mon déplacement, rien ne bouge juste ce brame de plus en plus fort ! Dix mètres et je suis derrière mon arbre! J’y suis! J’ai le souffle court, mon cœur bat plus vite, je me décale rapidement tout en armant et là… une biche!!! Mais il est où? Un formidable raire me le situera a peu près, je me décale de l’autre coté toujours en armant mon arc. Il est là à deux mètres de moi, en une fraction de seconde il est sur moi tête baissé! Mes reflexes et une charge juste de passage me sauveront surement la vie! Je tombe dans la pente, pour me relever un peu plus bas, endolori par la chute.

 

Je recouvre mes esprits et regarde vers le haut où je le vois, arrété me regardant comme par défi puis me tournant le dos pour repartir dignement vers les siens… Quant-à moi je suis là, assis sur un caillou, tremblant, les images passent et repassent dans ma tête, et si… et si…… et puis j’ai regardé le ciel, il commençait à faire beau, les corbeaux commençaient leur ballais matinal. Je suis redescendu dans la vallée, retrouver Tom, on a rit, on a bu et on a chanté …juste parce qu’on était bien, sans autres raisons !

 

Rédigé par Xavier THIBAULT-Proposé par Benjamin ZIMMER-L'équipe NATUXO

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